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*L’absence est le fait de n’être pas présent, absence au sens de n’être pas là.
ICI, tout ce qu’il fallait dire de ce qui n’était en aucune façon utile ou intéressant de dire – dire ce que l’on veut se résume le plus souvent à dire ce que l’on peut. Enfant, j’ai souffert leurs silences.
Maintenant –
Je souffre d’engourdissement endémique, d’entraves induites et institutionnalisées, d’inhibitions permanentes, de paralysie métaphysique. Mes ports de communication sont niqués. Faut-il parler d’immobilisme chronique, d’improductivité létale, d’inaction sclérosante, d’inertie congénitale, de convulsions et piétinements autour d’un rien. Parler de sclérose atypique de la raison d’être – statu quo… Dois-je me résoudre à faire du surplace activement, barboter sans fin dans les marécages de mes affects stylistiques. Je suis prisonnier de ce marasme bourbeux qui est mon être-moi, AMEN !
Sans doute faudrait-il inclure dans la charte des droits de l’homme, le droit à l’inutilité. J’ai toujours trouvé grotesque cette idée qu’il faille faire quelque chose, rien n’est plus mortifiant que cette idée devoir faire quelque chose. Lorsque l’on me demande ce que je fais, je reste sans voix. Cette question est d’une totale impudence, elle trahit immanquablement chez celui qui la pose un manque de tact, pour ne pas dire, un complet manque de savoir vivre.
Si l’humanité est parvenue à cet état de pourrissement et de morbidité, la cause première en est sans conteste l’activité humaine.
Tout chez cet être est hors d’usage, me suis-je dit en me regardant avec la distance nécessaire – la bonne distance étant toujours celle que l’on prend vis-à-vis de soi-même.
Tout est conforme à cette image : Inepte.
De loin en loin –
Je me retourne pour me voir tomber.
De loin en loin je me retrouve et je mesure l’étendue du désastre, l’immensité du gouffre qui me sépare de la réalité de ce monde.
Suite confuse d’action sans suite.
Je me marche sur la tête.
De l’illusion du monde, de son impermanence, de son inconsistance, de ses Lois Iniques.
Ma perception diverge et converge vers un point où la raison s’enlise. Et rien n’est véritablement quelque chose. Alternances d’ineffables, de réalités subjectives, de glissements, de stances rieuses.
Je n'arrive à rien en ce moment, tout se délite sous mes pas, je m’accroche aux branches d’un arbre qui n’a plus de tronc, manque d'en-vie, pas assez, trop assez, ordinateur HS, tout refaire, assez de tout refaire, assez de tout, lassé de tout, du manque, de l'ennui, de la solitude, du froid, du temps qu'il fait, du temps qu'il ne fait pas, de l’actualité, de la ruine de tout.
Est-ce un signe… ?
Tout est signe, tout est sens, tout fait sens, et les raisons apparentes sont le plus souvent, patentes déraisons.
Je ne trouve pas la bonne distance, entre le tout et le rien, il y a ce vaste espace où je m’enlise.
Un arrêt du temps, un condensé de ces moments sans espace, instant où le temps joue les filles de l’air, instant ou tout ce que l’on exprime nous trahi.
Rien, petit rien, moins que trois fois rien.
Consterné, je relis ces mots, faut-il publier ça !
"C’est dangereux de pensée, si tu penses trop tu vas te faire du mal.", m’a-t-elle dit, un jour d’avril ou de mai, près du petit lavoir, un après-midi ou un matin.
Même lieu, autre espace :
Je ne l’ai vu qu’en photo, une vieille photo, légèrement floue et totalement improbable. Il demeura pour moi le reflet amer d’une inconséquence.
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Oui, me suis-je dit, tout est là, encore à l’état larvaire, irréalisé. Mais tout est là, rien ne manque.
Non, me suis-je dit, rien n’est jamais véritablement quelque chose ; le réel manque de consistance, et la vie, en général, souffre d’un manque.
*
Quelques mots pour le dire, quelques mots pour, en définitive, ne pas dire grand-chose.
Savoir écrire, juste assez pour mesurer la distance qui me sépare de l’écriture. Prendre la juste mesure de cette impossibilité, la ressasser sans fin.
Le réel est une ombre.
Plus j’écris, plus la lumière se fait en mon entendement peroxydé, une somptueuse lumière nimbe ce fait : ce que tu couches là impudemment sur le papier – en réalité sur l’écran – ajoute une fiction à la fiction.
Ce que tu écris est une inepte abjection, une pénurie scripturale, une mortelle injure faite à la littérature.
"La littérature, mon cul !" dit Zazie, me tendant son cul, un sourire fripouille accroché à ses lèvres mutines.
Ce n’est pas là mon fort, écrire, et cela répond surtout à une malédiction, une de plus, un anathème que je me suis forgé de longues luttes.
Putain de temps qui passe ! me suis-je dit en la regardant gambader dans le pré.
Fort heureusement, me dit Kargul, la prééminence du temps qui passe et, trilogiquement Aa Key*, et pour rien au monde je n’aimerai être victime inconsciente d’un arrêt subit et impromptu du temps.
Moi non plus je ne comprends pas toujours ce que j’écris.
Et je me dis, lui dis-je : tu m’imagines parfois fort mal, le plus souvent fort mal, très souvent fort mal, trop souvent fort mal. Et une seule bonne question demeure, savoir jusqu’où j’aime avoir mal.
Sans doute là où le plaisir laisse place à la souffrance.
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*Aa Key – ???
*
Le fait que tous les termes coexistent, ne signifie pas pour autant qu’il y ait de liens logiques entre eux.
Dans la vie il n’y a que la mort qui sonne juste.
Il faut parfois dire haut et fort ce que l’on veut taire.
J’aime l’idée d’un espace.
J’aime ce que tu fais lorsque tu ne le fais pas.
J’aime aussi le ver nu qui s’agite dans la glèbe pubescente d’un lacis d’organes fiévreux.
J’aime dire ce qui ne sera jamais dit.
J’aime le trauma du chroma.
J’aime les chauds et sombres passages.
J’aime les prêtresses à la touffe soyeuse.
J’aime voir en mai les hordes de moules sarrasines déferler sur le rivage.
J’aime entendre au petit matin le son mélodieux du camion poubelle.
J’aime ses emprunts.
J’aime les embruns.
J’aime ce que je ne dis pas.
Je vais interrompre ici ce déluge nauséeux d’élucubrations.
Amitiés
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